samedi, juin 23, 2007

Ma pièce commune

J'ai une pièce au rez-de chaussée du 5b.
Je la partage avec tout le monde (enfin, tous ceux du 5a et 5b), et je sais que c'est pareil dans toute la rue, dans toute la ville.
C'est tellement naturel que je n'y pense même plus, et j'ai été surpris quand mes occupants ne cessaient de s'en émerveiller et d'en parler à leurs lointains amis.

C'est une pièce très passante, et sa porte montre les stigmates d'une utilisation intensive.

A l'intérieur, des machines vrombissantes semblent faire la même chose sans relâche: avaler des vêtements et divers produits, pour les recracher après les avoir fait tourner dans un sifflement d'enfer.
Deux machines de ce type occupent la pièce. Quand elles sont toutes les deux en activité, je frémis d'une vibration constante qui se communique aux fenêtres, portes, tuyaux ...
La troisième machine souffle quant à elle un air chaud continu, et a le même système de cylindre tournant que les deux autres.
C'est amusant de voir les divers habitants se succéder dans la pièce, et effectuer des gestes similaires, dans un ordre bien précis.

Certains utilisent parfois cette machine, qui avale des grands pans de tissu, et les compresse entre d'autres rouleaux de tissus aussi ... j'avoue que ça me dépasse complètement !
Enfin, un simple évier complète le mobilier. Pas si simple que ça, puisque j'ai pu voir quelqu'un l'utiliser pour ... frotter avec énergie des vêtements contre ses crénelures.

Il y a en fait deux pièces dans la partie commune. La deuxième est la "pièce fermée des vents". En effet, après mise en route d'un commutateur, la pièce s'emplit d'une bourrasque chaude venue de nulle part qui s'engouffre dans le linge suspendu pour l'occasion.

J'aime beaucoup cet endroit, qui m'emplit d'un doux tournis.
Il y fait toujours chaud, et il est rythmé par les allées et venues de tous ces occupants qui y exposent leur linge sans jamais inviter personne pour les contempler.
Enfin, le couloir qui relie ces deux pièces est muni d'un tableau qui rend cet endroit commun et partagé.
Chacun a une clé qui déverrouille un dispositif numéroté, permettant aux occupants de se distribuer l'usage de la pièce selon leurs disponibliités.
Je suis le numéro 4 !