jeudi, septembre 27, 2007

Une fin possible

Je savais qu'il se préparait quelque chose ... je me doutais bien que ces allées venues incessantes, ces cartons et transports de meubles annoncaient un nouvel événement dans la vie de mes occupants.

Ils vont partir.

Ce n'est pas que je me sois tellement attachés à eux, qui sont après tout d'éphémères phénomènes dans le torrent des années, mais je m'étais habitué à leur présence, à leurs habitudes et à une certaine quiétude.
Je n'aurais même pas eu le temps d'apprendre leurs prénoms (c'est que je suis plutôt lent dans les interactions sociales, selon les standards humains).

Leur nom est connu, mais comme pour me signifier en douceur qu'ils ne resteront pas bien longtemps, leur plaque sur ma porte a été retirée en silence hier.
Ils l'ont gardée avec eux, et l'ont mise dans leurs cartons. C'est un peu comme s'ils emmenaient un peu de ma substance avec eux ...

Je ne les oublierai pas ... pas trop vite en tout cas.



mardi, septembre 18, 2007

Un changement accéléré

Décidément les humains sont des êtres de changement constant.

Quand ils ne vont et viennent pas ici et là, ouvrant portes et fermant tiroirs, ils se mettent à parler de ce qu'ils pourraient faire dans l'avenir, ou vont même jusqu'à modifier leur apparence et leur comportement.

Mes deux occupants ne font pas exception à la règle, et j'ai pu assister à une radicale transformation de tout ce qui les touche depuis quelques temps.


D'abord, l'un d'eux s'est mis à changer de forme de façon alarmante, s'arondissant plus que s'allongeant, et adoptant une démarche qui allait en ralentissant au fur et à mesure que les mois avançaient. L'autre ne changeait pas physiquement, mais tous les deux se mettaient à aménager la salle de musique, en y traînant une table, et l'ornant de bibelots en mousse colorée.

Un jour, ou plutôt un soir, ils partirent à une heure inhabituelle, me laissant vide avec le chat pour seule compagnie.
L'animal était d'ailleurs animé d'une certaine curiosité, et les suivit du regard par le rebord de la fenêtre, comme pressentant quelque chose.

Et le lendemain, après leur première nuit dehors, l'un d'eux revint (celui qui n'avait pas grossi), seul.
Le fait de ne pas les voir ensemble était déjà assez étrange, mais quelque chose dans l'atmosphère silencieuse qui accompagna son court séjour était suspect.
Il se fit à manger rapidement, et se coucha, alors que le soleil était bien éveillé lui !
Puis quand l'astre du jour commença à décliner, il repartir, pour revenir quelques heures plus tard, toujours seul.

Les quelques jours que dura ce manège me jetaient dans des abîmes de perplexité: que se passait-il ?
Il paraîssait tout à fait normal, vaquant à des occupations habituelles, mais s'absentait plusieurs fois par jour, sans compagnie.

Puis ce fut le retour.
Je le sentais en entendant ma porte s'ouvrir: il n'était pas seul cette fois !
Effectivement, il revenait avec celle qui avait grossi, et quelques bagages. La première chose que je remarquai fut qu'elle n'avait plus sa forme arrondie, ce qui était vraiment rapide pour un "régime" (je crois que c'est le bon terme).
Le chat vint vite leur présenter ses hommages, mais s'arrêta bien vite, imitant ma surprise: l'un des bagages, une sorte de nacelle qu'ils avaient amenée il y a quelques semaines sans s'en servir une seule fois, contenait quelque chose de vivant ...

L'être qui gigotait à l'intérieur rayonnait de la même énergie qu'eux, mais plus diffuse, moins précise.
Et il y avait quelque chose d'autre de nouveau, quelque chose qui m'évoquai de jeunes arbres souples pliant sous le vent, ou les roches intouchées qu'on peut trouver enfouies très profond sous ma rue.

Ce nouvel occupant prit une importance particulière, nécessitant l'attention de tout le monde (y compris du chat), et provoquant plusieurs visites de personnes que je n'avais jamais vues.

Bref, tous ces événements marquèrent le début de grands chambardements dans mes routines ... et celui-ci n'était pas des moindres ...

samedi, juin 23, 2007

Une peau neuve

Un événement de taille est venu ébranler (dans tous les sens du terme) mon quotidien.
La grande rue qui me borde, Södra Förstadgatan, a été défigurée ! Pire que ça, elle a été coupée, éventrée, éviscérée, brûlée, écrasée !
Le choc s'est étendu sur plusieurs longs jours, pendant lesquels nous assistions tous impuissants à cette lente torture.

Tout a commencé par un arrêt soudain de la circulation. Puis des rainures furent percées à même la rue, laissant des cicatrices béantes à sa surface.
Un engin bruyant vomissant une fumée âcre entreprit alors de désceller les moellons que je voyais doucement s'éroder depuis tant d'années !
Cette image restera gravée à jamais en moi ...


Le fracas des pavés s'abattant dans un camion, la ronde incessante de cette mâchoire avide ne semblait pas se finir.

Au fil des heures, la terre sous les pavés était de plus en plus visible, créant une tranchée immonde qui défigurait ma rue.
Une personne habillée de jaune était prisonnière de la machine, et était visiblement impuissante à arrêter le massacre, malgré ses tentatives sur toutes les commandes et volants qu'elle pouvait atteindre.

Inlassablement, un sournois camion bleu emportait les pavés vers une destintaion inconnue, alors qu'ils auraient très bien pu (et dû) continuer à égayer la rue de leur parfait alignement !
Le passage piéton ne fut pas épargné, et les blocs de pavés furent arrachés sans pitié


Lorsqu'il n'y eut plus de pavés à retirer, les machines s'arrêtèrent, comme pour reprendre leur souffle mécanique. Nous étions tous suspendus dans une attente tendue.
Les machines partirent alors, laissant leur oeuvre de destruction derrière elles.

Dans la nuit qui suivit, d'intenses conversations fusèrent entre tous les appartements malheureusement témoins de l'atrocité.
Personne ne savait que penser, tout le monde s'échauffait, et certains allaient jusqu'à imaginer que les bâtiments aussi seraient détruits, au retour des machines, dès le lendemain !


Le lendemain matin, les machines revinrent, au désarroi général.
La tension était palpable, mais je remarquais un changement: les mâchines à mâchoires avaient été remplacées par des véhicules à chenilles, à rouleaux. Une étrange odeur flottait dans l'air, qui ne me disait rien qui vaille ...

Après plusieurs manoeuvres, l'une des machines déversa sur la terre nue une des plus horribles substances qu'il m'ait été donné de voir, et de sentir.
Brûlante, la matiére ressemblait à une sorte de lave noire fumante et coulant au ralenti. Elle fut étalée sur toute la surface blessée de la rue, provoquant en moi une sensation de perte irrémédiable.





Non contentes d'avoir défiguré l'harmonie de la rue, les machines envoyèrent un nouvel assaillant, sous la forme d'un assemblage de rouleaux qui aplatirent la lave, comme pour s'assurer que la rue ne pourrait jamais s'en détacher !


L'horreur continua jusqu'à ce que la moindre parcelle de terre fut recouverte, et que les émanations de la lave noire aient vicié l'atmosphère pour toujours.

A un moment, des personnes habillées comme celles qui étaient prisonnières des machines, arrivèrent avec des pieux metalliques pour essayer de libérer les bouches d'égouts qui avaient été noyées sous l'innomable vase noire encore fumante.
Ils travaillaient d'arrache pied, et arrivèrent de justesse à faire affleurer les bouches avant que d'autres machines arrivent, les forçant à s'écarter.


Cette triste aventure se termina par une tentative désespérée. Les personnes en jaune profitèrent d'une absence des machines pour essayer de redonner un semblant de dignité à la rue.
Ils se dépéchèrent et tracèrent un quadrillage sur la nouvelle peau noire, et y peignirent les mêmes bandes blanches qui étaient si joliement représentées par les pavés maintenant disparus.
Ils travaillèrent vite, comme s'ils savaient que le retour des machines scellerait leur sort.


Le résultat fut d'un bien piètre réconfort, tant la vue de cette longue bande noire agressait la vue.

Les machines ne sont plus revenues, aucun bâtiment n'a été démoli, et la circulation a repris comme si de rien n'était.
Mais les choses ont changé ... la rue n'est plus la même, ne parle plus de la même façon. Le staccato des pneus sur les pavés a disparu, il a été remplacé par un sifflement continu, lancinant.

J'ai cependant remarqué que la balafre noire commence à s'éclaircir, et que l'odeur noire s'estompe de jour en jour ... comme si la rue pouvait guérir de cette amputation ...

Ma pièce commune

J'ai une pièce au rez-de chaussée du 5b.
Je la partage avec tout le monde (enfin, tous ceux du 5a et 5b), et je sais que c'est pareil dans toute la rue, dans toute la ville.
C'est tellement naturel que je n'y pense même plus, et j'ai été surpris quand mes occupants ne cessaient de s'en émerveiller et d'en parler à leurs lointains amis.

C'est une pièce très passante, et sa porte montre les stigmates d'une utilisation intensive.

A l'intérieur, des machines vrombissantes semblent faire la même chose sans relâche: avaler des vêtements et divers produits, pour les recracher après les avoir fait tourner dans un sifflement d'enfer.
Deux machines de ce type occupent la pièce. Quand elles sont toutes les deux en activité, je frémis d'une vibration constante qui se communique aux fenêtres, portes, tuyaux ...
La troisième machine souffle quant à elle un air chaud continu, et a le même système de cylindre tournant que les deux autres.
C'est amusant de voir les divers habitants se succéder dans la pièce, et effectuer des gestes similaires, dans un ordre bien précis.

Certains utilisent parfois cette machine, qui avale des grands pans de tissu, et les compresse entre d'autres rouleaux de tissus aussi ... j'avoue que ça me dépasse complètement !
Enfin, un simple évier complète le mobilier. Pas si simple que ça, puisque j'ai pu voir quelqu'un l'utiliser pour ... frotter avec énergie des vêtements contre ses crénelures.

Il y a en fait deux pièces dans la partie commune. La deuxième est la "pièce fermée des vents". En effet, après mise en route d'un commutateur, la pièce s'emplit d'une bourrasque chaude venue de nulle part qui s'engouffre dans le linge suspendu pour l'occasion.

J'aime beaucoup cet endroit, qui m'emplit d'un doux tournis.
Il y fait toujours chaud, et il est rythmé par les allées et venues de tous ces occupants qui y exposent leur linge sans jamais inviter personne pour les contempler.
Enfin, le couloir qui relie ces deux pièces est muni d'un tableau qui rend cet endroit commun et partagé.
Chacun a une clé qui déverrouille un dispositif numéroté, permettant aux occupants de se distribuer l'usage de la pièce selon leurs disponibliités.
Je suis le numéro 4 !

dimanche, janvier 28, 2007

Un singulier invité

Il n'y a pas eu énormément de visiteurs depuis l'arrivée de mes occupants, et pourtant mon espace est toujours empli de musique ou d'histoires extraordinaires diffusées sur les multiples écrans visionnés ou pages feuilletées.

Mais tout récemment, une nouvelle présence a fait un passage remarqué !

Il s'agit d'un être vivant, dont je me suis senti étrangement proche malgré nos différences flagrantes.
Il est arrivé emmailloté dans une sorte de filet blanc, dont il fut vite débarassé. Ses "bras" déployés, une senteur entétante qui me rappela d'antiques souvenirs emplit mon salon, et ne devait pas quitter la pièce jusqu'au départ de l'inconnu ... mais je vais trop vite.
Une fois stabilisé sur une sorte de pièce de plastique et de métal, son "pied" fut recouvert d'un genre de tapis que je n'avais jamais vu.
Mes occupants se reculèrent, l'air satisfait, et partirent fouiller un de mes placards.


J'ai demandé au chat de poser à côté de l'arbre (il fut appelé plusieurs fois ainsi) , pour donner une idée de sa taille. Meow fut tout à fait d'accord: la senteur sauvage de l'arbre ne lui avait pas échappé, et elle passa de longues minutes (et une partie de la nuit) à rôder autour du nouveau venu en le reniflant.
Elle me confia également que les branches piquaient légèrement, tout en faisant régulièrement tomber de petits brins, qui couvrirent peu à peu le tapis.


Revenus avec plusieurs paquets, mes occupants s'employérent alors à ... décorer l'arbre, en prenant le temps de le couvrir de haut en bas, aussi bien à l'intérieur qu'en surface.
L'ambiance était électrique, et Meow regardait l'affaire avec autant d'intérêt que moi !
Bientôt, tout fut terminé, et je me sentis comme empli d'une humeur béate et guillerette.
J'eus tout le loisir d'observer les décorations, qui étaient pour la plupart faites dans une espèce de bois léger, et de tissu coloré.

Il y avait des figurations d'animaux, de pommes de pin, de cristaux de neige, de tomten (j'appris tous ces mots le soir même ... mais attendez la suite de mon histoire)






Et le soir venu, alors que l'heure de dormir avait sonné depuis longtemps, et que l'éclat de la lune et des lumières nocturnes de la ville jouaient à dessiner les ombres des branches et des décorations de l'arbre, je ne fus plus seul à contempler la nuit.
L'arbre me parla dans une langue ancestrale que je compris sans effort, et qui fit trembler d'émoi mes portes, plinthes, fenêtres et plancher.
Toute la nuit, il me parla de forêts immémoriales, de créatures diurnes et nocturnes, d'esprits bienfaisants ou malicieux. Heureux d'avoir trouvé un compagnon si extraordinaire, je confiais ces histoires aux autres étages, qui m'apprirent alors qu'ils avaient aussi la visite d'un inconnu
dont certains contes ressemblaient à ceux que j'avais entendus, et d'autres provenaient de contrées encore différences.


Pendant tout le séjour de ces étranges créatures, l'immeuble fut chaque soir rythmé par des légendes qui nous firent tous trembler d'aise et d'émerveillement.
Peu à peu pourtant, les arbres gardaient le silence de plus en plus longtemps. Il était évident que leurs forêts natales leur manquaient, et certains semblaient résignés à ne jamais les revoir, d'autres espéraient toujours un retour dans leur terre d'origine.
Puis un à un, les occupants de chaque étage emmenèrent leur arbre après l'avoir dévêtu de ses décorations.
Je ne sus jamais où ils allèrent, mais leurs histoires vivent et résonnent dans mes planches pour longtemps.

dimanche, novembre 19, 2006

Une chambre avec vue

Le temps passe ... différemment pour moi.

Entre la saison froide qui arrive (mon parquet craque, mes portes sont plus faciles à ouvrir), et la lumière qui faiblit graduellement, les jours n'ont pas vraiment une grande importance.
Et même si je sens le rythme de la rue et de la ville changer, ça n'est que le temps qui passe ... un détail, quoi.
Il y a bien la "période des lumières" qui approche, ce qui déclenche une relative impatience chez moi. Les bâtiments de toute la rue s'illuminent, et accueillent même des arbres, eux aussi ornés de paillettes, bibelots et guirlandes !
Olaf n'a jamais amené une telle chose ici ... je crois ... ma mémoire me fait défaut en ce moment, comme si je n'arrivais pas à me souvenir de ce qui s'est passé du temps où il était là.


Mais ça ne m'inquiète pas outre mesure, mes nouveaux occupants m'ont peu à peu empli d'une chaleureuse activité (faute de meubles), et je me suis pris à me détendre, à me relâcher.
Et pendant la nuit dernière, alors que tout le monde dormait à poings et pattes fermées, que les autres appartements chuchotaient doucement entre eux, j'ai expérimenté quelque chose d'étrange.
Pas désagréable, ni inquiétant, mais dérangeant, ou au moins troublant.


Je ressentais bien mes occupants, et me sentais en sécurité. Mais tous mes sens m'avertissaient que quelque chose de très différent m'entourait.
La lumière ... c'était le jour. Et la rue avait changé ... ce n'était plus Friisgatan !
Impossible. Et pourtant, les bâtiments avaient changé, la végétation m'était inconnue.
Tout à coup, un clocher au loin attira mon attention: un carillon puissant se mit à retentir, suivant une mélodie qui n'avait rien à voir avec celle de St Johannes. D'ailleurs, cette tour (plus qu'un clocher) devait être énorme !
Les senteurs aussi avaient changé, la couleur et la taille des autobus, les taxis noirs aux formes arrondies ... où étais-je ?

J'ai dit que le temps n'avait pas d'importance, mais l'espace ... je n'existe que parce que je suis ancré dans un lieu bien précis ...
Alors comment expliquer ce radical changement de mon environnement ?


J'étais tellement troublé par ce tourbillon d'émotions contradictoires, que je faillis ne pas me rendre compte du brusque changement de lumière, et par le sol qui se mit à s'éloigner de moi à une vitesse impensable !
Quand la sensation de vitesse s'arrêta, l'air était frais, et comme ... plus léger ...
Je cherchais la grande tour (qui avait cessé de sonner), et le vertige me reprit très vite: tout autour de moi, des ... édifices d'une taille incompréhensible se dressaient, et je me perdais à essayer de compter leurs étages, leurs fenêtres, et à deviner combien de personnes ils abritaient.
Le pire était que je surplombais tout ce paysage, comme si j'étais moi-même dans un bâtiment plus haut que tous les autres, si près du ciel que je pourrais le chatouiller !

En aiguisant mon ouïe au maximum, je percevais des sirènes, un brouaha de véhicules émaner du niveau de la rue, si bas que les piétons ressemblaient à des fourmis, et encore.
Au-dessus de moi, des avions croisaient le ciel en toutes directions, et je me sentis tout à coup très seul dans cet océan d'humanité, dans des langues qui m'étaient toutes inconnues.


Une fois de plus (que j'espérais être la dernière), la perspective s'allongea sous moi, alors que je prenais de plus en plus d'altitude.
La sensation qui s'empara de moi fut plus forte que mon vertige éprouvé précédemment. Les nuages m'entourèrent comme dans un cocon opaque, mais bien vite, je m'en éloignais aussi, et ils devinrent un tapis blanc, qui s'arrondit doucement, découvrant des taches bleues, ocres, vertes.
Tout le paysage se rassembla en une brillante sphère colorée, diminuant lentement, et entourée comme d'une toile d'un noir d'encre, piquée de lumières qui n'étaient pas sans me rappeler les guirlandes que les gens mettent autrour des arbres ...
Puis ce fut le silence.
Pas le calme de la nuit, mais l'absence totale de bruit, et d'air. Le vent, les arbres ... rien de tout ça n'existait derrière mes fenêtres, contre lesquelles je sentais une étrange force ... d'aspiration.
Le sol était donc vierge de toutes traces, animales ou végétales. Il y avait bien quelque chose qui brillait au loin juste devant ce monticule, mais c'était trop loin pour deviner son origine.
Cette expérience était de loin la plus déroutante de toutes, tant je me sentais étranger à cet endroit.
Mais mes occupants étaient avec moi, sereins, et je ne pus m'empêcher de continuer à me sentir en sécurité, finalement.


Puis, sans crier gare, les cloches de St Johannes jouèrent l'air que je connais si bien !
Dehors, Friisgatan croisait Sodra Förstadgatan, et là bas, les distributeurs de journaux abordaient les passants, et tout ce monde vaquait à des occupations qui semblaient très naturelles.
Les autobus étaient d'un vert tout à fait normal, je pouvais compter les rayons des vélos garés sans me forcer, et l'air avait une fraîcheur revigorante.
Mes occupants étaient toujours là, et s'affairaient ici et là.

"- Bien dormi ?
- Comme un loir oui ... même pas un rêve."


Un rêve ? ...

vendredi, octobre 20, 2006

Good vibrations

C'est amusant comme mes locataires prennent leur temps pour s'installer.

D'abord, ils se sont obstinés à utiliser une de mes pièces comme espace de stockage pour les dizaines de cartons vides qui contenaient les petits et grands articles qui peuplent les autres pièces.
Mais dans le "salon 1", rien du tout, pas même une lumière.
Juste quelques outils et les squelettes de cartons qui dorment dans le noir.


Mais quelque chose de nouveau est arrivé récemment.


Commençons par elle.
J'avais remarqué depuis un moment cette sacoche noire allongée qui n'avait pas été ouverte, et qu'on transportait toujours avec le plus grand soin.
Elle a commencé par déplier un frèle objet métallique, qu'elle appela un pupitre.
Posé tout droit, l'objet solitaire semblait attendre quelque chose.


Puis la sacoche allongée fut ouverte.
Elle renfermait un objet très intéressant d'une finesse et d'un âge conséquent, j'ai bien pu le voir par la chaleur de son bois verni.

Elle se mit à jouer de l'instrument, face au pupitre qui tenait de simples feuilles de papier.
Et la sonorité qui s'échappa du violon (un mot que je n'oublierai pas de sitôt) résonna dans toute la pièce, emplissant l'espace, rebondissant d'un mur à l'autre, peuplant de créatures musicales un volume qui ne semblait plus vide du tout, mais vivant et enjoué.

Moi aissi, je vibrais.


Quant à lui, il amena une lumière dans le salon 1, enfin ! Quallait-il advenir de cette pièce jusque là abandonnée ?
Approchant un siège de la faible lumière, il y amena deux gros sacs informes qui gisaient dans la pièce depuis le premier jour, comme inutiles.


Un à un, il en sortit des tubes métalliques de toutes tailles, des pièces en plastique et des disques de caoutchouc.
Des câbles électriques complétèrent cet étrange amas.
Etait-ce encore un outil à l'usage inconnu ?

Après une vingtaine de minutes d'assemblage, pendant que le violon distillait ses mélodies dans la pièce d'à côté, une espèce d'échafaudage avait pris forme.
Les disques de caoutchouc étaient fixés sur la structure métallique, et reliés par les câbles à un boîtier qui était branché sur le courant.
Le siège avait pris place devant l'objet, et un pupitre accompagnait le tout, il portait le même genre de feuilles que pour le violon.


Mais comment ceci pouvait-il aussi être un instrument de musique ?

Je ne tardais pas à le découvrir, car il s'assit devant l'assemblage, prit des baguettes en bois et fit naître un battement syncopé qui s'il n'avait rien de mélodieux, possédait une caractéristique musicale. Complètement différente de celle du violon, mais musicale tout de même.
La batterie ne faisait presque aucun bruit, mais je suppose que le casque qui y est branché diffuse quelque chose d'associé aux battements rythmiques des mains et pieds.

Sans atteindre l'émotion du chant du violon, les vibrations de la batterie ne me laissent pas insensible ...


Voilà donc que mes deux locataires sont musiciens ... est-ce que la chatte fait de la musique aussi ?
Peut-être, car si elle n'a pas fait beaucoup de bruit jusqu'à maintenant, elle a de temps en temps laissé échapper un miaulement flûté ...

mardi, octobre 17, 2006

Pop ! Pschhhhh ...

Je reconnais ce son, il a déjà retenti l'année dernière, quand l'ancien locataire était encore ici (Comment s'appellait-t-il déjà ... Olaf ? ... J'ai l'impression d'avoir du mal à me souvenir de lui).
C'était à l'occasion de réunions, et d'occasion spéciales.
A chaque fois, tout le monde avait l'air très content de soi, et inhabituellement enjoué.

Pourquoi ce soir serait une occasion particulière ?
Mes occupants ont fait la cuisine c'est vrai (quelque chose de chaud, ça change des sandwiches qu'ils grignotent depuis un moment dans la cuisine en écoutant des chants locaux), mais enfin, il n'y a ni lumières clignotantes, ni foule dans le salon, ni animation dans la rue comme pour les autres fois ...

En tout cas, ils ont sorti le même genre de flacon (mais de taille moyenne) que ceux qui servent aux grandes occasions.


Ils ont accompli le petit cérémonial que j'ai vu tant de fois sans vraiment en comprendre le sens: un verre est rempli, de la mousse tente de s'échapper, mais n'y parvient (presque) jamais.

Le remplissage se poursuit jusqu'à ce que tous les verres soient à moitié pleins

Puis ils recommencent une fois de plus pour remplir complètement les verres cette fois.
Pourquoi cette manipulation ?
Pourquoi ne pas verser le liquide directement sans la mousse au lieu de s'y reprendre à plusieurs fois ?
Je ne sais pas ...

Enfin, arrive le moment qui m'a toujours semblé incompréhensible.
Lentement, les regards se croisent, les verres sont levés, puis entrechoqués.
Enfin, chacun boit, et c'est à partir de ce moment là que la gaieté arrive.

Seulement cette fois, quelque chose de différent est arrivé.
En entrechoquant leurs verres ("trinquant" est le mot, je le sais maintenant), ils ont dit "A notre appartement".
Cette petite cérémonie était en quelque sorte ... en mon honneur ?


De façon prévisible, chacun a ensuite eu l'air très content de soi, et inhabituellement enjoué ...

La différence est que cette fois, je participe à la gaieté, et me sens ... inhabituellement très enjoué de moi ... heu ... mes idées ne sont plus si claires ... tiens ... ils ont deux chats ?